Le bon sens du 21e siècle

L'agriculture du 21eme siècle : biologique et locale
(4 février 2009)

< Retour vers la liste des articles

Manger bio et locale

Une agriculture irraisonnée

Le passé à abandonner au plus vite est représenté par le système économique globalisé actuel (voire article : relocaliser l’économie).

L’agriculture biologique a été initiée il y une quarantaine d’années par une poignée d’agriculteurs courageux et d’agronomes clairvoyants.

Il s’agit de la méthode de production la plus économe en énergie fossile, au meilleur rendement, exprimé en énergie produite par rapport à l’énergie consommée pour produire.

Elle utilise les ressources naturelles de fertilisation des sols en stimulant les processus de mise à disposition par les sols des matières nutritives. Elle tire profit d’une rotation minutieuse des cultures, alternant les productions capables de fertiliser le sol en azote (les légumineuses, comme la luzerne, les pois, le soja) et celles exigeantes en azote mais pas capables de le produire, comme les pommes de terre ou les céréales.

L’agriculture irraisonnée, le modèle du vingtième siècle, considère le sol comme un simple support à enrichir avec des substances nutritives minérales produites grâce à l’industrie pétrolière dans le cas de l’azote. Or cette production consomme une énergie considérable. C’est l’une des raisons, mais pas la seule (production de pesticides, transport sur de longues distances, suremballage) qui explique que le mode d’alimentation d’aujourd’hui, n’a jamais été aussi peu performant et est le plus cher à produire.

Les prétendues performances économiques de la filière agricole au siècle dernier repose sur de nombreux artifices : énergie fossile à prix dérisoire, recours à des substances toxiques comme de nombreux pesticides interdits d’année en année, subventions massives, exonération du prix de l’eau, exonération de la taxe pollueur – payeur (redevance sur l’eau) appliquée à toutes les autres industries, …

Dans de telles conditions de favoritisme, il est aisé de prétendre à la performance.

Le Bio, le choix des français

Le système agricole industriel ne représente pas l’avenir souhaité par une forte majorité de citoyens. 77% d’entre eux pensent que l’agriculture biologique pourrait résoudre les problèmes environnementaux. 84% souhaitent le développement de l’agriculture biologique (source : baromètre Agence Bio, sondage CSA publié le 10/11/08).

En effet, l’agriculture et l’élevage industriels sont parmi les principaux responsables de la pollution par les nitrates des nappes souterraines et de la pollution des sols, de l’eau et de l’atmosphère en éléments biocides, véhiculés sur de grandes distances.

Vacance démocratique

Mais seulement 6 % des français consomment des produits biologiques tous les jours. Il y au moins 2 raisons qui expliquent ce grand écart entre la volonté et les actes.

Toutes 2 sont imputables à l’immobilisme des pouvoirs politiques depuis des décennies.

1 Distorsion de concurrence

La production biologique supporte toutes les contraintes (mains d’œuvre plus importante, production locale qui demande du temps, certification couteuse, aucun soutien des instances syndicales majoritaires, un effort de recherche et d’innovation dérisoire par l’Institut de Recherche Agronomique qui concentre l’essentiel de son budget à l’agriculture et l’élevage industriels. Ces modes de production bénéficient au contraire de tous les soutiens et n’ont pas à financer les nuisances environnementales qu’ils génèrent.

Dans de telles conditions de distorsion de concurrence, comment s’étonner que la production biologique coûte plus cher ?

L’agriculture biologique est plus cher non pas parce qu’elle n’est pas rentable, mais parce que la politique agricole maintien un système contre performant sous perfusion assistée, à l’encontre du choix du consommateur et au détriment de sa santé et de l’environnement.

2 Production très insuffisante

Seulement 2 % de la surface agricole française est à ce jour dévolu à la production biologique. La France occupe ainsi la 19ième place sur les 25 pays européens. Preuve, s’il en est que l’Union européenne, qui historiquement s’est construite autour de la politique agricole commune, n’est pas entièrement responsable de la situation. En Autriche le même pourcentage atteint 11%. Plus proche de nous et autre pays fondateur avec la France de l’Europe communautaire, l’Italie affiche 8, 5 %.

La moyenne européenne s’établit à 4%. La France, le premier pays agricole de l’Europe fait deux fois moins bien!

(sources statistiques : Nouvelle Europe, 08/11/08)

Dans ces conditions, l’offre ne peut satisfaire des demandes croissantes.

C’est ce qui explique que lorsque nous souhaitons acheter des produits typiques de nos terroirs comme des grains de tournesols ou de lins de qualité biologique, bien souvent, ils proviennent de l’autre bout de la planète. Biologique oui, écologique sur le lieu de production, oui, écologique sur le lieu de consommation : pas si sûr vu les transports longue distance.

Evaluation de l’action gouvernementale suite au Grenelle

Le Président de la République a instauré un système d’évaluation régulière de l’action gouvernementale.

Le Grenelle de l’environnement a fixé comme objectif de multiplier par 3 les surfaces agricoles consacrées à la production biologique en cinq ans. Soit en 2013, une surface de 6%, par comparaison, 2% de moins que l’Italie en 2008 !

A ce rythme le décalage entre la volonté citoyenne et l’action politique n’est pas prêt de diminuer. L’accélération de ce rythme sera dépendante en partie de l’augmentation de la demande de produits biologiques régionaux. La production maraîchère en particulier est la plus rapidement susceptible d’augmenter ses surfaces d’années en années.

Un outil d’évaluation de l’action gouvernementale en matière agricole pourrait être la mesure régulière de l’écart entre la volonté des citoyens (84% pour le développement de l’agriculture biologique) et les surfaces traduisant cette volonté (2% de surfaces cultivées en biologique aujourd’hui).

Des élus qui agissent : les cantines scolaires biologiques

Exemple de Lorient (Bretagne) et Lons-le-Saunier (Franche - Comté)

« Entre 2004 et 2007, le nombre de repas (bio dans les cantines scolaires) a presque été multiplié par dix. Dans ce domaine, les villes de Lons-le-Saunier (Jura) ou de Lorient (Morbihan) font figure de pionnières. Toutes deux ont introduit les denrées 100 % naturelles dans la restauration collective depuis près de dix ans. »

« Alors que la part du bio ne représente, en France, que 0,5 % des repas servis à l'école, elle compte pour 25 % des achats de nourriture dans les cantines de la cité lorientaise. Commencée, en 1998, avec l'introduction des yaourts, la montée en puissance du bio a été très progressive et s'est ancrée, autant que possible, sur la production locale et régionale. »

« Certains produits 100 % naturels peuvent coûter deux fois plus cher, notamment la viande. Pour limiter les surcoûts, les services de la restauration municipale ont veillé à la composition des menus, cuisiné beaucoup plutôt que d'acheter des plats préparés, fait preuve d'une grande rigueur sur les quantités... »

« Au final, "les prix de revient des repas à Lorient ne sont pas plus chers que dans la plupart des communes aux menus conventionnels", assure M. Bouillaux.
(Directeur de la restauration municipale de Lorient)» (Mis en gras par la rédaction)

« A Lons-le-Saunier, l'idée de se lancer dans le bio est venue d'un problème de pollution de la nappe phréatique par les nitrates. "Pour y remédier, la ville a incité les agriculteurs à planter du blé bio dans la zone de captage, explique Didier Thevenet, directeur de la restauration scolaire. Du coup, on a décidé d'utiliser ce blé pour faire du pain qui alimente la restauration collective de la commune." Par la suite, un accord a été passé avec l'Ecole nationale de l'industrie laitière de Poligny qui fournit, désormais, yaourts nature et aromatisés bio pour la commune.

« "Avec un coût de revient entre 15 centimes d'euros et 18 centimes d'euros, ils nous coûtent moins cher que des yaourts ordinaires au lait entier", assure M. Thevenet. » (Mis en gras par la rédaction)

« Pour limiter le prix de la viande, la ville achète des vaches montbéliardes vivantes et s'occupe de les conduire à l'abattoir. A partir de septembre, pommes de terre, carottes, betteraves bio vont faire également leur apparition dans les assiettes grâce à des aides apportées à un agriculteur local. » « "Faire du bio, ce n'est pas intégrer bêtement des produits sans se préoccuper d'où ils viennent, insiste Didier Thevenet. Je suis pour le commerce équitable local.

" Les produits du terroir présentent un avantage majeur par rapport aux produits bio importés : limiter la pollution générée par le transport. » (Mis en gras par la rédaction)

(Source : « Le Monde » du17.09.08, extraits de l’article de Martine Laronche)

Exemple d’Illkirch Graffenstaden (Alsace)

« Pas de malbouffe dans les cantines d'Illkirch-Graffenstaden. Après les légumes, les fruits et les produits laitiers, le riz et les pâtes y sont désormais bio. »

« Ainsi, la quasi-totalité des aliments servis aux élèves du primaire de la commune provient d'exploitations régionales n'utilisant pas de pesticides. Pour autant, le prix du repas n'a pas augmenté, car le coût des ingrédients représente une part marginale dans le budget global de la restauration scolaire, qui s'élevait en 2007 à 600 000 euros. « C'est donc tout bénéfice, à la fois pour la filière bio et pour la santé des enfants, qui mangent sainement », souligne Philippe Carbiener, adjoint au maire écologiste. » (Mis en gras par la rédaction)

« Et côté goût, les élèves semblent apprécier. A l'image d'Agathe, 10 ans, qui trouve que « les légumes sont meilleurs et les fruits aussi ». Mélanie, 8 ans, plébiscite quant à elle la sauce tomate bio. « Nous allons peut-être servir d'exemple », se réjouit Séverine Magdelaine, conseillère municipale déléguée à la restauration scolaire. Effectivement, la commune de Schiltigheim a indiqué hier « avoir engagé une réflexion pour introduire progressivement le bio dans tous les repas scolaires ». La ville de Strasbourg aussi, mais elle doit résoudre un problème logistique de taille, car elle sert 6 000 repas par jour. « Il ne s'agit pas de faire venir des produits de l'autre bout de la France, cela n'irait pas dans le sens du développement durable », souligne-t-elle. »

(source : 20 Minutes, éditions du 10/12/2008 « Le bio commence à faire école dans la restauration scolaire »)

D’autres éléments sur la question des cantines biologiques sur : http://ecoconseil.agat.net/add/actes_colloque.pdf

Relocalisation de la production maraichère en Alsace : superbe champs de basilic auprès du producteur Mathieu Fritz, photo M. Fritz

Cher Bio ?

Ces quelques exemples montrent que malgré tous les handicaps que doit supporter la filière biologique, une action publique sérieusement menée permet d’aboutir à une parfaite maîtrise du budget.

Et lorsque tous les acteurs auront retrouvé le bon sens du progrès, les performances de l’agriculture et de l’élevage biologiques seront admises par tous … à suivre.

< Retour vers la liste des articles