Chronique d'apiculture méditerranéenne

Le 30 mai 2010

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Renouveau avec l'apiculture

De 15 à 25 ans, j’ai été apiculteur. Ma première ruche était installée en ville dans la banlieue de Strasbourg. Puis très vite, le rucher a été déplacé dans un petit village au bord du Rhin. La campagne était encore un peu diversifiée : vergers de pommiers, champs de luzerne, de colza, de tournesol, étendues de prairies, colorées et parfumées comme dans les Alpes, car bon nombre de ces belles plantes s’étaient installées dans la plaine du Rhin en descendant le cours du grand fleuve.

Mais chaque année, c’était la même souffrance. La monoculture de maïs grignotait toujours d’avantage un paysage devenu silencieux : le courlis cendré, le plus grand de nos échassiers, animal symbole de ces paysages n’enchantait plus nos promenades de ses éclats de rire.

L’apiculture commençait à être en crise. Heureusement, la forêt du Rhin, forêt la plus diversifiée d’Europe, était à vol d’abeille (2 km de rayon) et fournissait multitude de sources de propolis, de pollen, de nectar et de miellat.

En été, beaucoup d’apiculteurs transhumaient leurs ruches dans les Vosges à la recherche d’un des miels les plus convoités : celui de sapin des Vosges. Il est de plus en plus difficile à obtenir. Sa spécificité lui a valu d’obtenir le prestigieux label AOC.

Et voilà qu’un pont est établi avec la Corse. On y trouve en effet le seul autre miel bénéficiant de ce label. L’AOC protège la race locale, l’abeille noire, plus petite que les abeilles du continent et dont la qualité de production du miel est renommée depuis l’antiquité.

Les abeilles sont dans une situation mondiale hautement préoccupante, victime de la folie des hommes occidentalisés.

La Corse n’est pas épargnée, mais est somme toute un havre de paix pour cet insecte sans qui la vie serait si différente sur terre, sans fleurs, ni fruits, ni légumes, incapable de nourrir les humains.

L’apiculture corse se porte plutôt bien, mieux qu‘ailleurs, grâce à une nature préservée où la très grande biodiversité a maintenu d’innombrables mécanismes de régulation et d’équilibre.

Ci-dessous : maquis littoral à l’extrême sud ouest de la Corse. Au loin, les asphodèles, les lavandes à toupet, la vipérine faux plantain, les chèvrefeuilles et d’innombrables fleurs des champs et des friches procurent un nectar à volonté après ce printemps pluvieux garantissant l’approvisionnement en eau. Car sans eau, pas de production de nectar. Au premier plan la nature "paysagiste" associe le genévrier de Phénicie (vert foncé) aux massifs de myrtes (feuillage vert tendre des pousses de l'année) sculptés par le vent. Au cœur de l’été, ils offriront une rare floraison blanche de fraicheur : une prouesse de la nature et une aubaine pour les insectes pollisinateurs.

J’ai décidé de reprendre l’apiculture. Je ne me doutais pas l’enthousiasme que cela allait provoquer. L’apiculture est avant tout observation : vigueur de la colonie, activités prioritaires, rentée de pollen (la ponte est importante) ou demiel (accroissement des réserves). L’orientation du vol, son dynamisme ou sa nonchalance : tout peut s’interpréter sans même avoir à ouvrir la ruche. Et si une visite s’impose, le calme, la sérénité, la confiance en soi et en la colonie sont les gages d’une relation en douceur, sans agressivité. Dans les 2 cas, l’observation des abeilles génère l’installation d’une concentration abolue, fusionnelle avec la nature. C’est donc une méthode de relaxation bienfaisante.

Apiculture en pays méditerranéen

Cette chronique souhaite faire partager les connaissances de la conduite d’un rucher amateur en pays méditerranéen. L’intention est aussi de faire découvrir cette activité et tomber les appréhensions qui lui sont souvent associées.

Aujourd’hui dans une terre vivant la plus grave crise écologique de son histoire, s’intéresser aux abeilles, les élever, ou simplement leur porter attention et considération, est aussi une façon de refuser le pire, de reconstruire ou préserver un monde fleuri, parfumé et frétillant.

Chronique d'apiculture méditerranéenne présente des interventions adaptées au rythme spécifique à cette région. Informations pratiques, cette chroniques apicole méditerranéenne présente la vie des abeilles et la conduite du rucher au cours des saisons, de mois en mois, d’années en années qui se suivent et ne se ressemblent pas.

Pour cette chronique, cap-2024 recherche un apiculteur disposé à a y participer : avis aux amateurs.

Photo ci-dessous : Installation de la ruche

Elle est dans un seul corps de ruche (une caisse, aussi appelée hausse). Elle provient de la récupération d’un essaim par un ami apiculteur l’an dernier dans la vallée de Luri (Cap Corse). Elle est installée à l’abri du vent en forêt sous un grand chêne liège protecteur.

Le terrain a été mis à disposition par des amis jardiniers ayant remis en culture un vaste potager de l’autre coté de la rivière (première photo, à droite). La ruche était lourde, ce qui signifie qu’elle doit contenir pas mal de miel. Cela indique aussi que la reine n’a que peu de place pour étendre ses pontes (le couvain).

Les abeilles rentrent beaucoup de pollen, ce qui indique que la reine est active. Toutes ces observations rendent inutile l’ouverture de la ruche. La décision est prise. Il faut rajouter un corps supplémentaire.

Pose d’une nouvelle hausse

En dessous ou bien sur la hausse existante ?

L’extension naturelle d’une colonie se fait par le bas. Le couvain descend tandis que la partie supérieure est remplie de miel à mesure que les jeunes abeilles sortent de alvéoles.

Donc, dans notre situation, le corps est rajouté en dessous pour permettre l’extension du couvain.

En pratique : La ruche est légèrement enfumée. Par reflexe de survie, les abeilles se gorgent de miel, en cas de fuite forcée due au feu. Résultat : le miel a une vertu apaisante etles abeilles sont plus calmes. La nouvelle hausse est posée à côté de la ruche. Le corps existant est délicatement soulevé, puis posé sur l’autre. Et enfin les 2 sont posés sur la plancher.

L’opération a pris moins de 5 minutes, sans énervements et inquiétudes de part et d’autre. La reine a désormais toute la place pour assurer la croissance de la jeune colonie.

Didier Carbiener

Cette rubrique est dédiée :

A Gérard Claerr, inventeur génial de la ruche qui porte son nom, conçue dans le respect de la biologie de l’insecte et de l’ergonomie du corps humain. Durant 10 années, j’ai passé des heures dans son magasin à Strasbourg où j’ai énormément appris.

A Richard Hamm, mon "deuxième" père, qui m’a lancé dans cette aventure et que j’ai accompagné si souvent dans son rucher des forêts du Vosges du nord.

 

 
 
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