Le reveil des sauriens
10 avril 2009
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Le lézard des souches en Alsace

La couleuvre verte et jaune en Corse

Jeune tortue d’Hermann en Corse dans l’herbe printanière : la seule région méditerranéenne française où cette espèce protégée est encore abondante et globalement non menacée.

L’humain et la tortue

Les reptiles ont peuplés la terre entière à l’aire secondaire. Les plus évolués d’entre eux, les dinosaures, se sont diversifiés en d’innombrables lignées. 2 d’entre elles sont l’une à l’origine des oiseaux et l’autre des mammifères.

Oiseaux et mammifères se sont diversifiés à leur tours à l’aire tertiaire alors que les dinosaures ont disparus à la fin de l’aire secondaire, il y 65 millions d’années.

Aujourd’hui, à l’aire quaternaire, Les reptiles sont toujours présents sur terre. Comme l’ensemble du monde vivant, ils sont en péril sous la déferlante du développement non durable.

Peu de certitudes peuvent être édictées de l’étude du monde vivant. Il est néanmoins permis d’émettre l’hypothèse que l’espèce humaine, variété « occidentalis » est la seule espèce vivante dans l’histoire de la terre manifestant en permanence un sentiment d’auto satisfaction et d’auto gratification. Alors même qu’elle est responsable d’une vague d’extinction d’espèces de l’ordre de celles qui interviennent lors des changements d’aires géologiques !

Qui de l’humain et de la tortue sera encore là à la prochaine aire ?

Notre civilisation est fâchée avec la nature en général et les reptiles en particulier. Avec le printemps et le réchauffement des températures, les sauriens sortent de leurs cachettes : exemple du lézard des souches en Alsace et de la couleuvre verte et jaune en Corse.

Le lézard des souches en Alsace
(texte et photo Hubert Ott)

Un amoureux du paysage bucolique

Jusque dans les années 1970, le lézard des souches, appelé aussi lézard agile (Lacerta agilis), était un animal commun voire banal car présent sur l'ensemble du territoire alsacien. Les paysages ruraux d'avant les remembrements agricoles lui offraient des biotopes très favorables car diversifiés.

Depuis la situation a bien changé et le lézard des souches est aujourd'hui un reptile rare menacé de disparition ou disparu en de nombreux endroits. Sa répartition en Alsace est actuellement très localisée. C'est le portrait de cette bête inoffensive et mal connue que nous vous proposons de brosser : celui d'un vieux compagnon de l'homme qui est entrain d'abandonner nos campagnes.

Portrait d'un discret

Le lézard des souches est massif et corpulent, sa tête est épaisse et ses pattes plutôt courtes. Par cette silhouette trapue, il se distingue nettement de ses deux cousins avec lesquels il cohabite quelque fois dans notre région, à savoir le petit lézard des murailles et le grand lézard vert.

Par sa taille (de 20 à 25 cm queue comprise) et par son poids qui oscille entre 20 et 30 g, le lézard des souches se positionne entre les deux autres espèces citées précédemment. Mais c'est aussi par la coloration que l'on peut identifier ce saurien parmi les autres.

De façon générale et même si cette espèce se caractérise par une grande variabilité d'un individu à l'autre, on observe chez ce lézard une robe généralement ornée d'ocelles irrégulières blanchâtres bordées de brun foncé ou de noir et alternant avec des marbrures sombres sur les flancs (1).

La région vertébrale montre fréquemment une bande ou une série de taches sombres, séparée de chacun des flancs par une zone plus claire (2).

Si les juvéniles et la femelle présentent un habit uniforme brun moucheté, le mâle en revanche laisse apparaître des flancs d'un vert émeraude particulièrement éclatant durant la période nuptiale en avril et mai (3).

A la recherche de chaleur

Le lézard des souches, comme tous les reptiles, ne régule pas sa température corporelle. Il fait partie à ce titre du groupe des vertébrés dits hétérothermes ou poïkilothermes (température variable) dont l'organisme ne gagne en vitalité que lorsqu'il peut bénéficier de la chaleur solaire.

Les fluctuations de la température ambiante dans le milieu ont une répercussion directe sur celle non constante du corps du reptile. L'activité du lézard des souches est donc tributaire des événements météorologiques, et même durant le printemps ou l'été, l'animal se manifestera uniquement lors des périodes propices des beaux jours qui verront le thermomètre indiquer une valeur située entre 15°C et 28°C.

Le froid et la grande chaleur constituent les conditions défavorables dont le lézard des souches se préserve en gagnant ses cachettes enfouies dans le sol. Ces périodes de repos obligé correspondent aux jours pluvieux et nuageux qui dissuadent l'animal de toute apparition. La même attitude est adoptée pour faire face aux chaleurs caniculaires qui sévissent quelques fois en été et obligent tous les reptiles à entrer en estivation. C’est une forme de repos leur permettant de se soustraire à des températures mortelles pour ces organismes incapables de régulation thermique.

A partir de la fin du mois de septembre et jusqu'à la mi-mars, le lézard des souches entre en hibernation. Au cours de cette phase de sommeil profond qui dure la moitié de l'année, l'animal quasi immobile ne s'alimente pas et voit son activité cardiaque et respiratoire nettement chuter. Il mène ainsi une vie au ralenti, dissimulé dans une cache ou sous la souche d'un vieil arbre à une profondeur de 70 cm voire plus d'un mètre.

Enfin le printemps!

La sortie d’hibernation coïncide avec le début du printemps. Les premières apparitions du lézard sont assez audacieuses sur des endroits découverts afin de mieux profiter des premiers rayons du soleil.

Au moment de parade nuptiale des mois d’avril et de mai, il est le plus aisé de l’observer. Rapidement le mâle s’accapare un territoire qui n’excède pas quelques ares. Il en connaît parfaitement la configuration de façon à gagner efficacement en cas de danger les deux ou trois abris dont il se sert aussi comme cache nocturne.

Il défendra cet endroit farouchement de toute intrusion d’un éventuel rival de la même espèce : il n’hésitera donc pas à affronter l’intrus en combat singulier dans le seul but de le faire fuir hors des limites de sa propriété.

Très sédentaire au cours de cette période, il accueillera cependant bien volontiers dans son espace vital la femelle avec laquelle il formera un couple uni durant une petite dizaine de jours, le temps des jeux amoureux qui marquent la parade nuptiale et les accouplements répétés. Dans les semaines qui suivent, les deux amoureux retournent bien vite à leur vie solitaire.
Alors que le mâle reprend ses habitudes erratiques et nomades, la femelle cherche un lieu propice à la ponte qui survient généralement début du mois de juin. Le choix de ce site est important tant il exerce une influence primordiale sur le succès de la reproduction. Pour se développer les œufs nécessitent des conditions microclimatiques bien précises (humidité du sol, températures douces et couverture végétale.) La ponte aura lieu sous une pierre, sous un tas de bois ou une vieille souche et généralement dans un substrat meuble à une profondeur comprise entre quatre et dix centimètres.

Elle comprend de quatre à quinze œufs blancs jaunâtres mesurant entre onze et quinze millimètres de longueur. Entièrement livrés à la nature, ces œufs abandonnés de la femelle connaissent une durée d’incubation qui est fonction des données climatiques et de l’exposition au soleil. Elle peut varier de quarante jours à trois mois. Les œufs éclosent entre la mi-août et le début septembre. Les jeunes qui en sortent mesurent de cinq à sept centimètres.

Dès leur naissance, ils se mettent instinctivement en quête de nourriture avec l’efficacité de chasseurs nés.

Traquant petites araignées, chenilles ou mille-pattes, ils grandissent vite et pour cela changent de peau régulièrement lors des mues. Ils affrontent leur premier hiver en utilisant les réserves accumulées au cours de cet automne très nourricier.

Le jeune lézard des souches atteindra sa maturité sexuelle à l’âge de deux ans voire trois chez la femelle. La longévité de l’animal peut avoisiner les dix ans mais atteint plus raisonnablement les cinq à six ans. Au cours de chacune de ces années, la bête engloutit l’équivalent de quatre fois son poids en nourriture variée.

Le régime alimentaire du lézard des souches se compose de divers petits invertébrés. Parmi eux, le carnassier en écailles affectionne les vers de terre, les araignées, les cloportes, mais aussi de nombreux insectes et leurs larves. En ce qui concerne ces derniers, il jette son dévolu sur les papillons et sur certains coléoptères mais est avant tout le grand prédateur des criquets, grillons, et sauterelles.

Régression …

Sa spectaculaire régression observée partout en Alsace est liée à cette préférence alimentaire. Dans nos campagnes, ces insectes sauteurs pullulaient autrefois sur le moindre chemin herbeux.

Aujourd’hui, les criquets notamment ont totalement disparu de territoires entiers. L’emploi des produits chimiques biocides ont décimé ces denses populations d’insectes.

L’autre grande menace réside dans la banalisation du paysage rural. Les vergers anciens par exemple cèdent la place au maïs ou aux vignes entraînant avec eux l’élimination conjointe de talus, fossés, lisères de haies ou friches, autant de biotopes pour ce reptile et ses proies.

Prédateur de nombreux insectes, le lézard des souches, de par sa position centrale dans les chaînes alimentaires doit être considéré comme un indicateur précieux de la bonne santé écologique des milieux naturels et cultivés qui nous entourent.

Cette régression sans précédent que connaît l’espèce ne peut pas nous laisser indifférents. Au contraire, elle doit nous interpeller : elle démontre que nos pratiques agricoles et notre logique du tout urbain ne respecte guère le droit à la nature libre de coexister avec l’homme moderne.

Renouveau … ?

Cette évolution n’est pas une fatalité et le lézard des souches ne demande que peu de choses : quelques vergers et espaces sauvages ou l’absence d’épandage chimique lui permet tout simplement de survivre et de continuer à nous faire profiter de sa splendide robe d’écailles émeraude offerte chaque printemps aux yeux qui se donnent la peine de scruter le vieux tas de bois qu’on aura épargné pour lui.

La couleuvre verte et jaune en Corse

(dessin et texte de Franck Curk)

« Dieux ! Quels affreux regards elle jette sur moi !
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?
Hé bien ! Fille d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »

Ah, ça, ça surprend, ce n’est pas si souvent que l’on voit des serpents sifflant, soufflant sur la tête des gens. Ce ne sont sûrement pas des serpents sympas et c’est cela qui est effrayant ?

Tous les serpents ne sont pas si violents, certains sont si indolents qu’on ne les voit même pas…

Mais laissons Oreste et ses sentiments et évoquons les serpents de Corse.

Serpents de Corse : inoffensifs

Aucun serpent dangereux n’y réside. Seules deux espèces y sont recensées : La couleuvre verte et jaune (Coluber viridiflavus) et la couleuvre à collier (Natrix natrix).

Nos deux serpents de Corse sont totalement inoffensifs ! Et pourtant, nous sommes leur principal ennemi. La couleuvre verte et jaune se défend toujours, elle est capable de s’élancer sur son agresseur gueule ouverte. Bien mauvaise excuse pour la trucider… en effet, sa morsure même si elle peut infliger quelques coupures superficielles, est totalement inoffensive.

La couleuvre à collier elle, préfère la ruse, elle ne mort jamais. Elle lâche des excréments puants et fait la morte. Elle peu même arrêter son cœur pendant une à deux minutes ! Hélas, même si cela est généralement efficace face aux chats et chiens, l’homme lui n’hésite pas à l’achever la pensant déjà bien mal en point.

Le printemps est le moment idéal pour les observer. Nos serpents sortent de leurs cachettes hivernales pour profiter des premiers rayons du soleil.

Ces animaux sont protégés par la loi. Non seulement il est interdit de les tuer, mais également de transporter leur cadavre. Mais pourquoi protège-t-on ces animaux rampants ?

Parce qu’au-delà de leur intérêt en termes de biodiversité, au-delà de leur beauté, ils sont utiles !

Pas de place pour la vipère, merci la couleuvre verte et jaune

Saviez-vous que c’est en partie grâce à la couleuvre verte et jaune que nous n’avons pas de vipère en Corse ? Eh oui, ce serpent qui vous effraie parfois en entrant dans les maisons à la poursuite d’un lézard ou d’une souris, qui prend un malin plaisir à vous surprendre au milieu d’une balade, suspendu à un arbre, ce serpent occupe une place dans notre environnement qui gêne l’installation de la vipère.

Si jamais une vipère réussissait à réserver un billet pour la Corse, elle prendrait le risque de se faire dévorer par notre amie la couleuvre verte et jaune. Ainsi, la couleuvre verte et jaune occupe une place non disponible pour la vipère.

Avec la couleuvre, les rongeurs ne prolifèrent

De plus, les couleuvres participent à la gestion des populations de rongeurs.

Plus vous tuez de serpents et plus vous favorisez la multiplication des souris. Certains éliminent ces dernières par l’utilisation de poisons qui, non seulement n’ont qu’un effet provisoire mais en plus, diminuent considérablement les populations de rapaces, indirectement empoisonnés.

Moins de rapaces c’est toujours plus de souris : à éliminer les animaux qui nous font peur on favorise d’autres animaux bien plus dérangeants.

Pour éviter toute maladresse préjudiciable pour notre environnement et parfois notre propre confort, apprenons à connaître la faune qui nous entoure.

Par méconnaissance de la vie des animaux, nos ancêtres clouaient sur les portes des granges leurs meilleurs alliés dans la lutte contre les rongeurs, terribles ravageurs des leurs propre récoltes.

Qui aujourd’hui pourrait tuer une chouette parce qu’elle porte malheur ? Eh bien, ne tuez plus les serpents : ils portent bonheur !

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