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Par le docteur Philippe Mussel, aromathérapeute, médecin généraliste à l’hôpital de Saint-Avold. Article paru dans la revue « Abstract nutrithérapie n°4, novembre 2008, reproduit avec l’autorisation de l’auteur

En cette période automnale s’annonce le cortège des pathologies ORL et bronchiques

La progressive prise de conscience collective des méfaits d’une antibiothérapie abusive et mal raisonnée, va-t-elle enfin amener à s’intéresser davantage aux propriétés pharmacologiques des huiles essentielles ? Car elles constituent en effet, une indication majeure dans la prise en charge des pathologies infectieuses, en raison de leurs propriétés anti-bactérienne, anti-fongique, anti-inflammatoire, voire anti-virale pour certaines.

Ces propriétés anti-bactériennes sont liées à plusieurs molécules aromatiques :

  • les phénols(thymol, le carvacrol, l’eugénol, linalol…)
  • les aldéhydes aromatiques -les monoterpénols
  • les aldéhydes monoterpéniques
  • les cétones

et d’autres composants spécifiques à chaque espèce.

Il faut préciser l’importance d’une variabilité possible de la composition biochimique d’une plante, en fonction de son lieu de production, de la période de sa récolte, et des spécificités des techniques d’extraction . D’où la notion importante des types biochimiques, encore appelés chémotypes, qui définissent des propriétés antimicrobiennes et pharmacologiques distinctes.

Aussi, à l’heure de l’automédication et de la vulgarisation de l’usage des huiles essentielles, la prudence doit rester de mise : cette notion de chémotypes ne peut que conforter les rôles du médecin phyto-aromathérapeute et du pharmacien pour l’utilisation rationnelle de ces produits.

Parmi les huiles essentielles, il est intéressant de retenir celles ayant la plus forte activité antiseptique in vitro : la cannelle, le girofle, le thym, la sarriette, l’origan, la verveine des Indes, le tea-tree, et la lavande.

L’huile essentielle de thym, (thymus vulgaris, de la famille des labiées) voit ses principes actifs extraits des feuilles et des fleurs entières. L’analyse biochimique de la plante permet d’isoler des isomères monoterpéniques : thymol, carvacrol, et d’autres monoterpènes en proportions variables (cymène, y-terpinème, camphre, limonène) .

On distingue pour la même famille botanique de thymus vulgaris, 6 chémotypes différents selon l’endroit et le moment où il est récolté.

Les propriétés antiseptiques (anti-bactérienne et anti-fongique) du thym sont essentiellement liées à la présence de phénols (thymol, carvacrol, linalol ). Elles ont été démontrées pour les bactéries gram+ et gram- et des levures comme candida albicans. Le thym est également utilisé pour son action spasmolytique et expectorante (d’où son intérêt dans les pathologies bronchiques), mais encore pour ses propriétés aromatiques et balsamiques dans le traitement des pathologies buccodentaires, pharyngées, la prise en charge de l’halithose et enfin pour son pouvoir rubéfiant et cicatrisant dans le traitement de plaies évolutives.

Ainsi les huiles essentielles, par leurs actions bactéricides et fongicides ont un champ d’action très large qui peut parfaitement compléter le panel des antiseptiques et antibiotiques classiques : à la fois pour des pathologies ORL et bronchiques, mais également en dermatologie, odontologie et pour l’assainissement des locaux.

Notre confrère et Maître le Docteur Jean Valnet , en citant Montaigne (« Les médecins pourraient tirer des odeurs plus d’usage qu’ils ne font »), introduit une autre approche de l’utilisation des huiles essentielles, en valorisant la composante aromatique des produits. L’arôme, le parfum, l’odeur amènent à une réflexion sur la dimension sensorielle et sensuelle des essences aromatiques.

Hormis leur utilisation en cosmétologie, voire dans le domaine du marketing, il est intéressant de s’interroger quant aux perspectives insuffisamment exploitées de l’utilisation des huiles essentielles comme facteur d’amélioration de la qualité des soins à la personne. La problématique des odeurs lors de la prise en charge des patients, ne laisse pas indifférent, notamment dans les services de gériatrie, cancérologie, soins palliatifs, maisons de retraite… Les troubles de l’odorat, les troubles de l’haleine en rapport avec d’éventuelles pathologies buccodentaires dégénératives, les lésions cutanées (dermites, escarres,…), les conséquences de l’incontinence, sont autant de domaines pour lesquels l’appoint de la phyto-aromathérapie permettrait d’apporter des solutions intéressantes par sa composante aromatique, tout en apportant une touche écologique par les actions anti-microbiennes de certaines huiles essentielles.

De nouvelles perspectives de recherches et réflexions s’offrent donc à nous, quant aux bénéfices d’une application autre, et rationalisée de l’aromathérapie !

1 « Huiles essentielles antimicrobienne et leurs applications » Pr PELLECUER J., Roussel J.L, Andary C., Propriétes antifongiques comparées des essences de trois labiées méditerranéennes,
Trav.Soc.Pharm.,Montpellier ;1973,33 fasc.4, 587-592

2 Plantes et thérapeutiques, Max Wicthl, Robert Anton,Ed.Tec&Doc

3 Bagg J, Jackson MS, Petrina Sweeney M, Ramage G, Davies AN.
Susceptibility to Melaleuca alternifolia (tea tree) oil of yeasts isolated from the mouths of patients with advanced cancer. Oral Oncol. 2006 May;42(5):487-92. Epub 2006 Feb 20.

4 « L’aromathérapie » Dr VALNET Jean, Edition Poche

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